PETITS POULBOTS


C’est la faute à Voltaire si j’suis tombé par terre !

Le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau !

Je ne suis pas notaire…

Victor Hugo. Les misérables.

Lorsque nous quittons Paris, Bernard mon petit frère à quatre ans et moi je viens d’avoir neuf ans. Nous sommes supposés partir pour la durée des grandes vacances d’été de l’année 1955.

Comme d’autres petits Parisiens pas trop favorisés par l’existence, et pour cette raison confiés aux bons soins de la Croix rouge Française de Sartrouville. Nous devons rejoindre par le train de nuit la ville de Pontarlier où nous sommes attendus au siège de la structure locale, au numéro 5 de la grande rue.

Maman, Papa, et Denise notre sœur nous accompagnent au départ du train Gare de Lyon. De l’intérieur du compartiment, par la glace abaissée nous faisons nos adieux. Bernard penché au-dehors et tenu par la jeune assistante qui nous a pris en charge dit

« Au revoir maman… à demain ! »

Il ne la reverra pas… ou, si peu, que bien des années plus tard il me confiera qu’il ne lui restait aucun souvenir. Aujourd’hui tu es parti toi aussi, tu me manques frérot… il nous restait tant de choses à rattraper et nous venions juste de nous y mettre.

Celui qui vient à disparaitre,

Pourquoi l'a-t-on quitté des yeux ?

On fait un signe à la fenêtre,

Sans savoir que c'est un adieu. »

« Nul ne guérit de son enfance », Jean Ferrat.

Tous deux nés à Puteaux ville que nous quitterons très vite. C’est sur un quartier du 18e arrondissement que nous ouvrons vraiment les yeux sur le monde qui nous entoure, un monde peuplé d’adultes nombreux qui vont, viennent. Il y a beaucoup de vie, de bruit, et d’agitation dans ce petit appartement. Les nuages s’amoncellent au-dessus de nos têtes et nous sommes bien loin de nous douter que notre vie va basculer et notre famille éclater.

RUE CALMELS

De ces années cinquante au bas de la butte Montmartre, il me reste quelques souvenirs. Mon terrain de jeux s’étendait entre la rue Montcalm et la rue du ruisseau, la rue Calmels où nous habitions constituait la base de ce triangle et la frontière à ne pas dépasser. En digne Poulbot j’enfreignais aussi souvent que possible les consignes de mes sœurs dont la surveillance se relâchait.

Très attiré par les affiches du cinéma Montcalm aux gouaches rutilantes, par ses photos de film en vitrine où cow-boys et indiens se disputaient la vedette. Poteaux de tortures, chariots en feu, duels nourrissaient mon imagination.

Revêtu de ma panoplie de Kit Carson, armé de mon pistolet à amorces et de ses munitions que l’on trouvait en rouleaux qui défilaient sur la rotation du barillet, et claquaient à la percussion apportant ainsi du réalisme à l’action. J’osais alors des reconnaissances rue Ordener en de longues chevauchées.

Mes ainés quand ils étaient fortunés m’emmenaient quelquefois aux séances de cinéma du quartier.

Ainsi à l’âge de neuf ans j’avais déjà vu :